Noël sur les rails avec un contrôleur SNCF en pleine magie festive
Une parenthèse festive en uniforme où chaque voyage raconte sa petite histoire.
Les fêtes de Noël, pour beaucoup, évoquent un plaid épais, des lumières qui clignotent, la famille qui se rassemble, les derniers cadeaux emballés à la va-va-vite et le parfum du chocolat chaud qui flotte dans l’air. Pour moi, contrôleur SNCF, Noël rime souvent avec bip du SIVE, plannings en décalé, ambiance en quai et départs pleins d’histoires qui voyagent toutes seules. Et franchement… j’adorais ça avant d’avoir mes enfants, parce qu’aujourd’hui, soyons honnêtes, un Noël sans mes enfants, ce n’est pas vraiment Noël. Mais j’aime toujours autant cette période, différemment, avec une sensibilité en plus. Parce que Noël sur les rails, c’est un Noël différent, mais pas moins chaleureux.
Tu sais, quand on dit qu’on travaille les jours fériés, les week-ends, les soirées qui dépassent l’heure où tout le monde commence l’apéro, certains imaginent qu’en compensation on a droit à des bonus extraordinaires, des journées en plus ou des privilèges hors du commun. Spoiler : non. Les trains n’attendent pas que les fêtes passent. Les voyageurs non plus. Et c’est justement parce que les trains continuent de vivre pendant cette période que le Noël d’un contrôleur a une saveur unique.
Il y a un soir qui me revient souvent en tête. C’était un 24 décembre, un Paris–Marseille, départ 20h39. Rien qu’entendre ce créneau-là, tu sens déjà l’odeur du bûche-champagne mélangée aux plaids licorne, non ? Le train était plein d’énergie festive. Certains avaient de vrais menus de Noël installés sur les petites tablettes : saumon, foie gras, coupes de champagne, serviettes brodées… on aurait dit un wagon-restaurant clandestin version repas de famille. C’était beau à voir, honnêtement. Un petit Noël improvisé à 300 km/h.
Pendant une de mes rondes, un jeune d’une vingtaine d’années m’arrête avec un air surpris et me lâche :
— « Je pensais que vous ne travailliez pas les 24 et 25 décembre… pourquoi vous êtes là ? »
J’ai éclaté de rire. Ça m’a pris d’un coup. Je lui ai répondu très naturellement que si moi je n’étais pas là, lui non plus ne serait pas là, parce qu’un TGV sans contrôleur, eh bien… il ne roule pas. Il m’a regardé, il a rigolé aussi, puis il m’a dit :
— « Ah ouais, je suis bête. »
Mais il n’était pas bête. Juste pas au courant de la petite magie cachée derrière les coulisses.
Parce que Noël, sur le terrain, c’est ça : être à la fois le garant du voyage, le visage humain d’un trajet parfois chargé d’émotions, et parfois, la personne qui donne un petit supplément de chaleur pendant une soirée où certains voyagent seuls, loin, ou pour retrouver quelqu’un qu’ils n’ont pas vu depuis longtemps.
Et puis, soyons honnêtes… j’adore Noël. Je suis un vrai gamin à cette période. Et quand tu bosses en uniforme, tu cherches forcément une petite manière de glisser un clin d’œil festif dans ta tenue. Chez moi, ça se manifeste par un pin’s de Noël bien assumé, une cravate rouge qui brille un peu trop, ou carrément, dans mes plus grands moments de folie douce, un bonnet de Père Noël.
Les enfants ? Ils kiffent. Les parents ? Ils kiffent aussi, mais avec ce petit regard mi-amusé, mi-soulagé qui dit : « Merci, ça met mes gamins en mode détente. »
Ce que j’aime pendant Noël dans les trains, c’est cette atmosphère où tout le monde baisse un peu la garde. Les voyageurs festifs sont souvent plus souriants, les discussions se déclenchent plus facilement, les regards se croisent avec un peu plus de chaleur. On sent les gens dans un mood plus doux, même si parfois la fatigue des fêtes se mélange au stress de rejoindre sa famille à temps.
Il y a aussi les voyages silencieux, ceux de personnes qui ne fêtent pas Noël ou qui le vivent autrement. Ceux qui rentrent tard du travail. Ceux qui se déplacent pour des raisons moins joyeuses. Et c’est aussi à eux que je pense quand je fais mes rondes. Noël, ça peut être magique, mais aussi un peu lourd pour certains. Et parfois, une simple attention, un petit mot, un sourire sincère, ça change la soirée de quelqu’un.
Travailler pendant Noël, ce n’est pas seulement assurer la sécurité et le bon déroulement du trajet. C’est aussi faire partie, en filigrane, des moments importants de vie des voyageurs. On n’est pas juste un uniforme qui contrôle. On est un repère, un point d’ancrage mobile, un visage qui veille quand tout le monde avance vers quelque chose.
Et puis, soyons honnêtes, il y a un truc que j’aime particulièrement : les confidences de quai.
Les gens ont cette tendance adorable à raconter leur histoire pendant les fêtes.
Ça commence souvent par un simple « Joyeux Noël ! » et ça finit parfois par :
— « Je vais faire une surprise à ma mère. Elle ne m’a pas vu depuis deux ans. »
— « Je rentre pour présenter mon bébé pour la première fois. »
— « Je n’aime pas Noël, mais j’y vais pour faire plaisir à ma sœur. »
Ces petits bouts de vie, ça me rappelle pourquoi j’aime ce métier.
Parce qu’on transporte plus que des voyageurs : on transporte des émotions en mouvement.
Bien sûr, il y a aussi des soirées plus rock’n’roll : la dinde qui tombe du sac pendant un freinage, les chants improvisés dans le TGV, les familles qui sortent un chocolat chaud maison dans des thermos mystérieux, les enfants surexcités qui veulent absolument me montrer leur cadeau déjà ouvert.
Un jour, un gamin m’a même demandé si j’étais « le vrai contrôleur du Père Noël ».
J’ai dit oui.
Fier.
Très sérieux.
Noël sur les rails, c’est un mélange parfait entre imprévus joyeux et petits miracles discrets.
Et quand je rentre chez moi à la fin de mon service, même s’il est tard, même si tout le monde dort déjà ou déballe ses cadeaux, je ressens toujours ce truc particulier : la sensation d’avoir participé, à ma manière, à la magie.
Parce que finalement, Noël ne se limite pas à une date ou à un sapin.
C’est une ambiance, un état d’esprit, une façon de créer un peu de chaleur où que l’on se trouve.
Même dans un TGV à 300 km/h.
Alors oui, je travaille souvent quand d’autres sont en famille. Oui, il m’arrive de rater des repas, des toasts, des photos de soirées. Mais je gagne aussi autre chose : des souvenirs atypiques, des rencontres inattendues, des instantanés qui n’existent que parce que je suis là, en uniforme, entre deux voitures, à faire mon métier. Et sincèrement ? Je n’échangerais ça contre rien.
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Auteur/autrice
n.jareno@reseauevaleo.com

Merci pour cet article très intéressant.