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Pourquoi les escaliers ne sont jamais un endroit sûr.

 

Le train, pour beaucoup, c’est un moment de transition. Un sas entre deux rendez-vous, deux villes, deux vies. On s’installe, on souffle, on sort le téléphone, on prend un enfant dans les bras, on regarde défiler le paysage ou on ne le regarde même plus. Tout semble calme, fluide, presque immobile. Et pourtant, un TGV reste un engin lancé à très grande vitesse, même quand tout paraît tranquille.

Pendant mes rondes, il y a une scène que je vois très régulièrement. Des voyageurs arrêtés dans les escaliers. Parfois quelques secondes, parfois bien plus longtemps. Un appel à terminer, un message à envoyer, un enfant fatigué qu’on porte, une hésitation sur la voiture ou la place. Sur le moment, rien ne semble poser problème. Le train roule droit, sans à-coups. Alors on se dit que ça ira bien comme ça.

Et c’est souvent à ce moment-là que je me permets d’intervenir. Toujours calmement. Toujours avec bienveillance. Juste pour rappeler une chose simple : rester dans les escaliers d’un TGV, ce n’est vraiment pas une bonne idée. Pas parce que c’est interdit pour le plaisir d’interdire. Mais parce qu’en cas de freinage d’urgence d’un TGV, les conséquences peuvent être très violentes.

Un freinage d’urgence, ce n’est pas un simple ralentissement. Ce n’est pas comme freiner doucement en voiture en arrivant à un feu rouge. C’est une action brutale, rare heureusement, mais possible à tout moment. Un obstacle, un signal, un incident extérieur, et le train doit s’arrêter le plus vite possible, avec toute l’énergie cinétique qu’il transporte.

Quand on est assis, attaché à son siège par la posture, le corps est relativement protégé. Quand on est debout dans une allée, on peut perdre l’équilibre. Mais quand on est dans un escalier, la situation change complètement. Le corps n’a aucun appui stable. La gravité fait le reste. Et là, le risque n’est plus théorique du tout.

Je le dis souvent aux voyageurs : en cas de freinage d’urgence du TGV, rester dans les escaliers, c’est risquer de se retrouver projeté en bas. Avec un enfant dans les bras, avec un sac sur l’épaule, avec un téléphone à la main. Et ce sont souvent ces phrases-là qui provoquent un déclic. Les regards changent. Les gens s’arrêtent, réfléchissent, et me remercient.

Ce qui me frappe le plus, c’est que la prise de conscience est immédiate. Personne ne se dit “je m’en fiche”. Au contraire. Beaucoup n’y avaient tout simplement jamais pensé.

– Parce que personne ne leur avait expliqué.
– Parce que le danger n’est pas visible.
– Parce que le train donne une impression de sécurité permanente.

Et c’est normal. Quand on voyage souvent, on s’habitue. On banalise. Le cerveau se met en mode automatique. On se dit que tout va bien, que ça a toujours été comme ça. Jusqu’au jour où un détail prend une autre dimension. Le freinage d’urgence fait partie de ces réalités qu’on préfère ne pas imaginer, mais qui existent malgré tout.

Je vois aussi beaucoup de parents. Des parents fatigués, chargés, parfois stressés. Des parents qui font de leur mieux. Porter un enfant dans un escalier peut sembler anodin. Et pourtant, c’est probablement l’une des situations les plus à risque à bord en cas de freinage d’urgence. Non pas parce que le parent est imprudent, mais parce qu’il sous-estime la force en jeu.

Ce que j’essaie de transmettre, ce n’est pas la peur. C’est la compréhension. Le train est un environnement sûr, à condition de respecter quelques règles simples. Attendre quelques secondes sur le palier. Poser l’enfant. Terminer son appel plus tard. S’asseoir ou se tenir à un endroit stable. Des gestes simples, presque insignifiants, mais qui changent tout.

Ce qui me touche souvent, ce sont les remerciements. Pas des remerciements polis. Des remerciements sincères. “Je n’y avais jamais pensé.”, “Vous avez raison.”,  Ceux qui repartent un peu plus attentifs, un peu plus conscients de leur environnement.

Le freinage d’urgence d’un TGV n’est pas là pour inquiéter, mais pour rappeler que le mouvement existe même quand on ne le sent plus. Que la sécurité est l’affaire de tous. Que les agents ne sont pas là uniquement pour contrôler un billet, mais aussi pour prévenir, expliquer, protéger.

Avec le temps, j’ai compris que ces échanges là comptent énormément. Ils créent du lien, ils changent le regard, ils montrent que derrière un uniforme, il y a quelqu’un qui observe, qui anticipe, qui se soucie des autres. Et souvent, ce simple rappel transforme le voyage.

Voyager en train, c’est accepter de faire confiance à un système complexe. Mais c’est aussi adopter les bons réflexes. Le freinage d’urgence fait partie des scénarios rares, mais réels. Et quand on sait qu’ils existent, on adapte naturellement son comportement, sans contrainte, sans tension.

La prochaine fois que vous monterez ou descendrez d’un TGV, prenez juste une seconde. Regardez où vous êtes. Si vous êtes dans un escalier, posez-vous cette question simple : “Suis-je vraiment à l’endroit le plus sûr ?” Très souvent, la réponse s’impose d’elle-même.

Changer de regard, parfois, commence par un escalier.

Un autre regard pour un changement positif.

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