Comment Soprano a illuminé un service TGV en plein Covid

Il y a des jours dans la vie d’un contrôleur SNCF où tu sais que ton service ne sera pas tout à fait comme les autres. Tu montes dans ton TGV, tu fais ta ronde, tu vérifies que tout le monde est bien installé, tu souris derrière ton masque parce qu’on était en plein Covid, et tu sens qu’il va se passer un truc. Et parfois, ce “truc”, tu ne l’imagines même pas. Tu l’espères encore moins. Et pourtant… il arrive. Ce soir-là, sur le quai de Marseille, je vois un visage que je connais un peu trop bien. Celui que je dois entendre à peu près 12 fois par jour à la maison. Celui qui fait danser mes enfants dans le salon comme si c’était un stade rempli. Celui qui déclenche automatiquement un “Papa, mets Sopranoaaa !” avec ce petit glissando final qui n’appartient qu’à eux.

Oui, c’était lui. Soprano. Le vrai. Pas un sosie approximatif avec une barbe mal collée, pas une hallucination due à la fatigue ou au masque FFP2 trop serré. Non, Soprano en chair, en os, en sourire et en discrétion. Et moi, contrôleur SNCF en plein service, avec un cœur qui tapait comme s’il voulait lui aussi enregistrer un featuring.

Là où ça devient drôle, c’est que des personnalités dans le TGV, j’en croise un paquet. De Jean-Jacques Goldman à Amanda Lear, de Marion Cotillard à Patricia Kaas, de Patrick Bruel à Charles Aznavour, de Johnny Depp à Brigitte Macron… j’ai de quoi faire un album Panini spécial “VIP sur les rails”. Et à chaque fois, je garde la même ligne de conduite : je laisse les gens tranquilles. Je fais mon travail. Je dis bonsoir, je contrôle, je reste pro. Je ne demande pas de photo, même pas un petit autographe discret. Respect absolu. Si ça vient d’eux, ok. Sinon, chacun son voyage, chacun son intimité, même à 300 km/h.

Mais là… comment te dire… Soprano, c’était autre chose. C’était la BO de mes trajets en voiture, la chanson de nos matins pressés, celle qui mettait la bonne humeur quand les enfants traînaient les pieds pour se préparer. C’était “Le Coach”, qu’on lançait en boucle pendant que les petits improvisaient une choré de niveau championnat du monde du mignon. C’était la voix qui leur donnait confiance, celle qui les faisait rire, celle qu’ils connaissaient par cœur. Alors forcément, quand Soprano est monté dans MA rame, forcément, j’ai senti que je n’allais pas passer toute la soirée à jouer le contrôleur professionnel exemplaire. Il allait falloir que je me lance. Et rien que d’y penser, j’avais déjà le rouge aux joues.

Je fais mes rondes, je repasse devant lui trois, quatre, cinq fois. Il est seul, tranquille, posé. Moi, j’avance, je recule, je fais semblant de vérifier un truc imaginaire dans le plafond, bref, ridicule. Je me dis que je vais me détester si je ne fais rien, et je me détesterai peut-être encore plus si je le dérange. Tu vois l’état mental ? Une sorte de ping-pong intérieur entre la fierté, la timidité, le papa poule et le gars qui doit rester pro. À un moment, je regarde mon collègue et je lui lâche un “Bon… j’y vais”. Il me répond avec un sourire du style “Enfin !”.

J’avance. Je sens mes oreilles chauffer sous mon masque. J’ai l’impression d’avoir 12 ans et d’aller demander un autographe à mon idole au centre commercial. J’arrive devant lui, je toussote pour me donner du courage, et je lui sors un “Désolé de vous déranger… mais mes enfants sont totalement fans de vous. Est-ce que… est-ce que vous pourriez leur faire une petite vidéo ?”.

Il relève la tête, il me regarde, et là… il sourit. Un vrai sourire, simple, sincère, pas celui qu’on sert juste pour faire plaisir. Il me dit “Avec plaisir !” comme si je lui demandais l’heure. Il prend mon téléphone, enclenche la vidéo, et lance un message personnalisé, chaleureux, adorable, plein de douceur. Il leur souhaite de joyeuses fêtes, leur parle comme s’il les connaissait, comme s’il faisait partie de la famille. Moi, j’étais littéralement en train de fondre. Ça se voyait même pas mais j’étais à ça de faire de la buée dans mon masque.

Et là, mon collègue, voyant la scène, se dit que c’est le moment ou jamais. Il se lance lui aussi et demande un autographe pour ses enfants. Soprano accepte sans hésiter, avec la même gentillesse, la même simplicité. On discute un peu, on rigole, on échange comme des humains sur un quai plutôt que comme un artiste et deux contrôleurs SNCF. C’est rare, ces moments-là. Et franchement, ça fait du bien. Parce que Soprano, tu le sens direct : le mec est un amour. Gentil, courtois, généreux, posé, reconnaissant… un vrai bon gars. Celui que tu veux comme voisin de voyage, comme ami, comme beau-frère, peu importe.

Quand je suis rentré à la maison, j’ai appelé les enfants. Je leur ai montré la vidéo. Et là… explosion. Des yeux qui pétillent, des petits cris de joie, un mélange de rires et de larmes. Ils n’en revenaient pas. Ils regardaient le téléphone comme si c’était un trésor. Et quelque part, c’en était un. Un vrai cadeau de Noël, pas emballé, pas prévu, pas acheté sur un site de dernière minute, mais offert avec le cœur par l’idole de mes enfants. Ce soir-là, j’étais officiellement papa de l’année. Et soyons honnête, ça fait du bien de temps en temps.

Et la meilleure anecdote ? C’est que dans la vidéo, Soprano commence par dire : “Bonjour Eva, Léo !”, autrement dit, pile le nom de mon centre de formation : EVALEO. Le destin a de l’humour… Si j’avais voulu, j’aurais pu transformer ça en une pub monstrueuse . Mais non. Cette vidéo, c’était pour eux. Pour mes petits. Pour notre moment à nous. Alors elle reste dans notre sphère familiale, bien au chaud, comme un trésor.

Ce jour-là, Soprano n’a pas juste fait une vidéo. Il a créé un souvenir. Il a transformé un service de Noël en plein Covid en une histoire qu’on racontera pendant longtemps. Une histoire de gentillesse, de simplicité, d’humanité. Une histoire qui donne le sourire, qui rappelle que parfois, sur les rails, la magie existe vraiment.

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2 commentaires

  1. J’adore !!!!!!!
    Quelle gentillesse et quelle simplicité 👍👏
    Moi si j’avais eu la chance d’avoir JJG dans mon train, je ne sais pas si mes jambes auraient pû me porter jusqu’à lui professionnellement ou pas…. je me serais liquéfiée tellement je l’admire depuis mes 13 ans….
    Bravo à toi et merci à lui, je comprends votre joie et votre émotion 🩵💚

    1. Merci Sylvie pour ton message.
      Franchement, je te comprends à 100 %… Jean-Jacques Goldman, j’ai eu la change de le rencontrer, il a été adorable.😄

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n.jareno@reseauevaleo.com

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